LES SURVEILLANTS PÉNITENTIAIRES NE DÉSARMENT PAS

, par udfo03

Le froid est là. La neige aussi. Un bateau passe sur le canal d’à côté comme un objet anachronique flottant dans cet univers dit moderne, fait d’immeuble de verre, symboles d’une transparence opaque et que l’on appelle pompeusement « Le Millénaire ». C’est en ce lieu, dans le 19ème arrondissement de Paris que sont rassemblés depuis 2015 la PJJ, les services judiciaires, les services des grâces et tous les services du DAP. Le ministre de la Justice y dispose même d’un bureau. Des fonctionnaires de police sont là. Partout. En civil ou en uniforme.

En ce lundi matin, les surveillants pénitentiaires qui depuis deux semaines se battent avec tant de détermination pour faire reconnaître la dureté de leur métier, la médiocrité de leurs émoluments, le peu de considération qui est leur lot commun, sont là, vêtus d‘une chasuble bleue ou rouge. Ils sont majoritairement de Force ouvrière. Les autres sont des camarades de la CGT. Tous sont là parce qu’ils refusent l’accord signé par l’UFAP-UNSA. Accord inique, incompréhensible alors que le gouvernement allait céder.

Autour du brasero, on reconnait Brigitte PERROT, secrétaire générale de la FAGE-FO. Elle est venue apporter le soutien de la Fédération à Emmanuel Baudin et tous ses camarades. On se réchauffe comme on peut, on discute en écoutant la sono prêtée par la FEETS-FO. On ne comprend pas ce protocole d’accord qui accorde des miettes aux surveillants. Non, iles ne comprennent pas ces hommes et ces femmes qui auront seulement obtenu le droit d’avoir des chaussures neuves… mais d’un nouveau modèle !

La colère se fait silencieuse. Alors Emmanuel Baudin parle : « C’est sûr que si l’UFAP n’avait pas signé, le gouvernement aurait cédé puisque l’on avait à l’intérieur de nos établissement les forces de l’ordre, ça ne pouvait pas durer bien longtemps. Cette signature est une trahison faite à l’ensemble des personnels qui se sont mobilisés pour un mouvement historique. Il y avait plus de 20 ans que l’on n’avait pas vu une telle mobilisation. On était à deux doigts d’obtenir une vraie revalorisation statutaire du ministère et des vraies propositions sur la sécurité.

Depuis le début du mouvement, nous n’avons jamais changé. Nous demandions une classification des établissements, des revendications sur le matériel (taser, paires de menottes et une bombe à la ceinture pour les gradés (…), ce relevé de conclusions n’est ni plus ni moins que du foutage de gueule. Nous, depuis le début, on était la seule organisation à demander de l’indemnitaire du statutaire (…) Là, on nous offre 1100 emplois alors que l’on sait très bien que l’on a du mal à recruter du fait du manque d’attractivité du métier.

La catégorie B, c’est un salaire bien sûr mais aussi une reconnaissance. Nous sommes des techniciens de l’humain, on gère de l’humain tous les jours, on est psy, on est pompier, on est assistante sociale…

Aujourd’hui, il faut que l’on ait cette reconnaissance. La parité avec la police, ça fait des années qu’on nous la promet mais il faut rappeler que pendant la guerre d’Algérie, on nous l’avait accordée avec le statut spécial pour nous empêcher de faire grève. C’est une revendication qui date… Pour en revenir au relevé de conclusions dernièrement signé, oui, c’est une trahison de l’UFAP-UNSA qui a aidé ce gouvernement à ne pas céder… C’est le premier conflit du président Macron et c’est sûr qu’avec 48 heures de plus, une grande partie de nos revendication aurait été satisfaite (…) Maintenant, les sanctions commencent à tomber, au niveau du disciplinaire, on attend de voir c’est entre les mains du DAP. Concernant les trentièmes certains collègues sont déjà impactés. Pour les arrêts maladie on va voir ce que ça va donne, certains collègues étant victime d’une double peine un trentième et des heures dues à l’administration ! Les sanctions sont une forme de pression parce que pour le mois de mars, on va se retrouver avec des gens qui auront un salaire divisé par deux. Aujourd’hui, les gens sont très écoeurés, ils ont pris des risques énormes et leur déception est à la hauteur. Ceci dit, on est toujours là, toujours en mouvement, les orientations prises et qui vont être mises en place ne sont pas les bonnes. Nous ne sommes pas dupes et on voit bien que derrière tout ça se dessine la privatisation de la mission. Le fonctionnaire est dans le collimateur, j’en suis convaincu… Ce n’est pas la vision que nous avons pour notre société. Une société où tout sera privatisé, où il n’y aura plus de fonctionnaire (…) Il nous faut maintenant réfléchir à comment on peut faire plier ce gouvernement. On a montré que l’on pouvait être solidaires et unis. Aujourd’hui, nous disons au DAP d’être très vigilant : les sanctions vont être décidées mais il faudra bien que les gens retravaillent ensemble dans les établissements et ça va certainement créer de gros conflits en interne. C’est jeter de l’huile sur le feu que de sanctionner. Voilà le message que nous apportons ce lundi au DAP ».

En fin de matinée, les représentants syndicaux ont demandé à être reçus par le DAP. En vain…

Jean-Luc GIRONDE